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strictly niceness on line

timeless classics and discoveries,rarities and insanities in funk, soul and beyond

HEAVY ROTATION ETE 2006 | 03 août 2006

+/ Quantic : An announcement to answer (Tru Thoughts). 2LP

+/ Nostalgia 77 : The Hope Suite ( Tru Thoughts). 12 inch

+/ Antibalas AB Orchestra : ROC (Purpose Records). 12inch

+/ Gnarls Barkley : St Elsewhere (GB/ Warner). LP

+/ Kwak aka Baron Samedi : Trop vieux pour le rap (Unreleased). CDR

+/ Konkret 53 Allstars feat. Kwak : On est venus s'exprimer (Unreleased). CDR

+/ Geraldo Frisina : The Latin Kick (Schema Records). 2LP

+/ Edan : Beauty and the beat (Lewis Recordings). LP

+/ Pitcho : Imagine (Skinfama Unreleased). www.skinfama.com

+/ V/A : Searching for soul (Luv N Haight/ Ubiquity). 2LP

+/ V/A : The Kajmere Sound (Kajmere Records). CD


Publié par kwak à 16:52:08 dans KWAK 'S HEAVY ROTATION | Commentaires (0) |

CONTE DE 2 VILLES | 03 août 2006

Bruxelles. 23h39



Ils m'auront pas... je me promets qu'ils ne m'auront pas. « Vous m'aurez
pas ».J'ai de l'acide lactique dans les jambes, ça fait mal, ils
courent plus vite que moi ces salauds, respire, respire, régule ton
souffle. Vous ne m'aurez pas, enculés, je sais même pas ce qu'ils
veulent, j'ai peur. Accélère. Regarde avant de traverser, ce serait con
de se faire avoir par un bus, l'alliance balkanico-turque est furax on
dirait, pourtant, je ne faisais que passer dans leur quartier, comme si
un quartier vous appartenait en propre... faudrait peut-être vous payer
une redevance ? Si le contexte n'était pas aussi tendu, je rigolerais...
hahaha, un bulgare, un grec et un turc en train de courser un nègre,
c'est beau le multiculturel ; et la finalité de l'histoire encore plus...
la tolérance a encore de beaux jours devant elle, je vous le dit... ils
m'auront pas, accélère ! , pas un abri potentiel et je sais toujours
pas ce qu'ils me veulent , à part la redevance « quartier privé »,
comme si... putain, ils se rapprochent. Je traverse une seconde rue,
respire ! , les gens me regardent en se marrant. C'est bizarre cette
sensation de connivence dans ce quartier, il n'y a personne pour me
tirer de ce, disons-le franchement, très mauvais pas. Elle est belle la
solidarité des humains ! , heureusement qu'il y a les humanitaires. Ca
pue pour mon matricule, soyons honnête. La prochaine fois, j'évite...
encore faut-il qu'il y en ai une, de prochaine fois, pour l'instant,
c'est pas gagné. Ils m'auront pas. Je suis crevé, (la cigarette ...)
Respire ! Accélère ! Je me suis promené dans les pires trous de cette
stupide planète sans problèmes, j'arrive dans une ville dite civilisée,
et j'ai des histoires. Je maudis l'ironie de cette situation. « Vous
m'aurez pas bande d'enculés , on m'appelles Marathon Man», ils doivent
se marrer de m'entendre m'égosiller en ce moment, comme si j'avais que
ça à foutre. Les engueuler. Alors que les crampes se rapprochent à
grands pas, presque aussi grands que les miens d'ailleurs. J'ai peur.
J'ai mal aux jambes, les poumons en feu. On s'étonne souvent de trouver
son second souffle, moi je m' inquiète de ne pas le trouver alors que
j'en ai désespérément besoin. Quand j'étais plus jeune, je pratiquais
les arts martiaux, là, c'est la course de fond... moi qui déteste le
jogging, me voici servi. Le terrain est crapuleusement irrégulier, le
pavé occidental est ce qu'il a toujours été, attention aux entorses,
c'est absolument pas le moment. J'aurais mieux fait de leur rentrer
dedans au premier contact : « donnes-nous ton pognon, fils de pute !
ici, t'es chez nous, faut que tu raques ! ». Je leur ai répondu : »ne
moleste pas ma pauvre mère, abruti ». La- dessus, j'ai pris un pain
venu de derrière moi. Chaussée de Haecht. Que j'aurais dû rendre dans
l'instant. Ca déstabilise l'assaillant quant tu t'attaques au plus gros
d'entre eux. Il était face à moi, le gros, j'aurais pu l'allonger. Un
bon coup de pied dans le plexus, comme avant... Maintenant, je cavale
comme Forrest Gump. L'aboulie, ça peut vous causer des problèmes mon
bon monsieur. De même que le second degré. Ils m'auront pas. J'ai mal
aux jambes, tiens ! les poumons oublient leur souffrance... la rue est
calme, trop calme, sombre, couleur orangée comme ces spots ignobles de
l'éclairage public. Il se fait qu'ici, il est défaillant ; de surcroît,
les plaques de verglas faussent les appuis. J'arrive au Botanique en
longeant la rue Royale St Marie. Fais gaffe... ils se rapprochent, je
sens que ça va être ma fête dans pas longtemps. Accélères ! , si tu
veux pas passer à la casserole. En plus, j'ai pas un balle, mais je ne
crois pas que ça les intéresse, c'est plus du blé qu'ils veulent, c'est
un trophée pourtant, j'ai rien d'une belle blonde à gros seins qu'ils
pourraient se farcir avec beaucoup moins d'efforts. Ils sont toujours
là, tenaces les cochons. Je regagne un peu de terrain, c'est bon pour
le moral. Je tourne rue de la poste. Ca fait près de 20 minutes. Quand
je pense que je suis pauvre, ça me fait rire... malgré la peur. Ca ne
servirait à rien de le leur dire, je présume. Ils sont enragés. Je les
entends m'insulter, maudire ma condition physique, râler, pester contre
les sportifs ; ben oui, les gars, la truande, ça demande de l'effort,
ou de l'imagination, c'est selon. « Vous êtes cons, j'ai rien en poche
». « On va te baiser, fils de pute ». En plus, ils ont du vocabulaire.
Je suis verni, rien à dire . « Vous m'aurez pas ». Le virage à droite
n'est pas des plus heureux. Rue Verte. Ses vitrines, ses Nigérianes.
Ses filles de l'Est. Ce serait beau si je n' étais pas pressé. J'ai
fait une erreur. Deux erreurs : mon lacet gauche se défait.





Port Au Prince. 17H39



La nuit est noire. Moi aussi, ça tombe bien. Je m'y fonds. Ca m'amuse
de foutre la trouille à ce gars que je poursuis. Pas de mes assiduités,
non. Suis pas masisi (1). Suis racaille comme dirait Sarkozy le fils de
hongrois tendance fasciste  qu'ils ont le malheur d'avoir comme
ministre au pays La France. Le grimaud court vite. « Je vais t'avoir ».
Il faut que je l'attrape. Ta rançon, c'est mon salaire. Ici, nécessité
fait loi. Ici, la nuit fait lwa(2). Ici, les lwa font la loi. Le
grimaud remonte la rue Dalencourt vers Canapé Vert. Me demande ce que
ce blanc faisait dehors, à pied , à cette heure-ci. En tous cas, ça
m'arrange, j'avais rien à me mettre sous la dent. Si je le kidnappe,
mes femmes seront nourries pour 2 semaines. 18 ans, 3 filles et leur
mère. Les blancs ont la contraception ; nous, la fécondation. Il tourne
à droite, descend vers Bois Verna. Il est en forme ce con. Quand je
l'attrape, je le démolis. Pour m'avoir fait courir autant. Pour le
plaisir. Faut pas rigoler. Comme si je souffrais pas assez. Faut faire
du sport pour gagner sa soupe. J'ai les crocs. Le chef sera content. A
condition que... « J'vais t'avoir ». J'en ai besoin. Je le baillonnerai,
le mettrai dans un taptap (3) de mes amis, descendrai avec mon trophée
à Carrefour Martissant 17. Ogou sera content. Ogou, c'est mon boss.
J'en ai peur. Tout le quartier en a peur. Toute la ville même... C'est
son nom jwet (4), personne ne connaît son vrai nom. Pas même lui, je
crois. Il l' a oublié. Je toucherai 50 dollars. Haïtiens. Ils appellent
cela l'inflation. Moi, l'arnaque. Ogou, lui, touchera entre 100 et 200
mille dollars. US. On appelle ça le capitalisme. Je suis un
capitaliste, né à la capitale, Ogou, lui, est né dans les mornes
mornes. Il appelle ça l'indexation de son salaire. « J'vais t'avoir,
pitit bouzin (5) ». Tu peux courir, tu ne m'échapperas pas. J'abandonne
mes tongs, la corne de mes pieds est solide. Même en Air Max, il est
plus lent que moi. J'ai les crocs, je te dit. Elle est belle la Ginger
Bread (6). Avenue Lamartinière. On dit que la famille l'a abandonné à
l'époque de Titid, se sont enfuis devant la victoire électorale du
petit père des pauvres. N'a rien fait pour nous celui-là, sauf renoncer
à ses sacrements. Ce qui n'a pas mis de maïs moulu dans mon assiette.
J'ai pas connu la dictature, du moins, l'ancienne dictature. Celle-ci,
je la connais par cœur. Comme mes tables de multiplication. 2 et 1 font
21. 3 et 1 font 31. 5 et 0 font 50. C'est logique. Comme les tarifs de
notre profession. Un grimaud vaut plus qu'un noir. C'est comme ça dans
ce pays. Chez les blancs, on regarde pas à la couleur. Ici, c'est
différent. Toute couleur a son prix. « Plus clair, plus cher » .
Proverbe des chimères. Il descend vers le Champ de Mars. Il a tellement
peur qu'il se jette dans la gueule du loup. « On va t'avoir ». 
Bientôt, je ne serai plus seul. Les gars de Bel-Air vont venir me
seconder. Peut-être. Ca ne m'arrange pas, je devrais partager ma maigre
pitance avec eux. Faut que je le choppe avant. Malgré l'inconvénient,
je siffle pour appeler du renfort. Quand je vais à confesse, le Père
(blanc bleu belge) me sermonne sur mes activités. Pourtant, malgré mes
(nombreuses) prières, Jésus ne dépose rien sur la table familiale.
Quand je le lui dit, le Père me répond que les voies du Seigneur sont
impénétrables. Mon estomac, lui, est impénétré. Merci Mon Dieu... J'ai
mal aux jambes. J'ai un grand goût( 7). Merci Mon Dieu pour l'exercice.
A défaut du pain quotidien.



(1)    Homosexuel

(2)    Esprit du vaudou

(3)    Taxi collectif

(4)    Surnom

(5)    Fils de pute

(6)    Pain d'épices. Type d'architecture « en dentelle de bois» typiquement Caraïbéen.

(7)    Traduction littérale de « Mwen gen gran gou » (j'ai faim)


Publié par kwak à 16:31:59 dans NOUVELLES | Commentaires (0) |

FACON FASO : HIP HOP AU BURKINA FASO | 03 août 2006

Le « Kunde d'or », prix du meilleur musicien burkinabé a, cette année,
récompensé un rappeur. Donnant ainsi au rap du pays des hommes intègres
la reconnaissance qui lui revient. L'occasion de faire connaissance
avec ce genre musical, en pleine expansion au Burkina Faso comme
partout ailleurs en Afrique, et de rencontrer ses acteurs.





Juin 2006, Wemtenga, Ouagadougou.



Au Studio Abazon, centre nerveux du hip hop façon Faso, Faso Kombat
travaille à son nouvel album. David Le Combattant construit ses rimes
sur dictaphone dans la salle d'enregistrement. Energique, il sort de la
cabine, vient demander  à son compère le nom d'un ex chef d' état
sénégalais actuellement Président de la Francophonie puis retourne à
son appareil et à son futur texte. Malkom écoute l'instrumental en
devenir sur lequel, dans un moment, il posera son flow en Français. Il
ira écrire dehors à l'abri du bruit et de l'agitation de son acolyte.
David, lui, rappera en More. Smockey triture son Korg Triton et son
ordinateur à la recherche d'un beat bien sale. Il terminait, il y a
quelques heures à peine, le mixage de l'album à venir d'un groupe de
Bobo-Dioulasso appelé Mic K Panga (la force du micro). Les hommes sont
détendus, plaisantent ensemble, discutent de football (actualité oblige
! ), de rap et de religion. Se vannent à propos de leur origine
ethnique. La parenté à plaisanterie (système de régulation des conflits
interethniques par la plaisanterie et l'humour) fonctionne ici à plein
régime. Bientôt, la musique, les lyrics et les hommes seront prêts. Une
nouvelle page du hip hop burkinabé va s'écrire.



Façon Faso.



Le Burkina Faso, une mosaïque culturelle de 12 millions d'habitants,
près de 60 éthnies, et donc 60 langues pour produire des rimes.
Pléthore d'artistes, des studios, des activistes bénévoles, des
émissions de radio, une rubrique hebdomadaire « La lettre 2 rap » dans
une revue à diffusion nationale  une émission télé baptisée « All
Flowz » consacrée au rap, diffusée sur la chaîne nationale et
disponible sur le net (*), un festival international (Ouaga Hip Hop),
autant d ‘éléments qui permettent d'attester de la vivacité de la scène
burkinabée, de sa diversité aussi, de sa qualité, enfin. Ses débuts
furent difficiles pourtant. On raconte que le journaliste (Yacouba
Traore ; actuel directeur de la Radio Télévision Burkinabé) qui, le
premier avait invité un groupe de hip hop (Yeleen) à la télévision,
reçut après l'émission des lettres d'insultes le traitant de voyou
puisqu'il recevait des « voyous » sur le plateau. Aujourd'hui encore,
peu de scènes sont dédiées au rap (Smockey lui-même ne fait que 4 ou 5
concerts par an dans le pays), peu de gros studios et de structures
d'envergure se consacrent à l'enregistrement et à la promotion des
artistes de rap alors que la demande est grande.



Les vocations pour le rap se sont éveillées au Faso aux alentours de
1989-90 avec le breakdance, les albums de Public Enemy, Naughty By
Nature ou LL Cool J, mais le premier album de hip hop burkinabé date de
1997 avec l'album de l'artiste  Basic Soul . La compilation « Faso
Connexion », produite par le label 8eme Sens en 1999 et vendue à 2000
exemplaires, suscite l'engouement des jeunes, les incitant à se lancer
dans le débat. On y retrouve des groupes de Ouagadougou qui,
actuellement, sont des valeurs sûres du Hip Hop : Wemteng Clan, 2Kas,
OBC, Sofaa, KTA, pour ne citer que ceux-là. La seconde compilation
produite par 8eme Sens, et lancée à peine quelques mois plus tard, se
vend à 8000 copies. « Chroniks Noires » est une réelle amorce du
mouvement et révèle au public des groupes comme Yeleen, Clepto Gang, La
Censure et d'autres encore. Le retour de Smockey au pays en 2001, et
l'ouverture de son studio Abazon va définitivement lancer le mouvement.
Les artistes s'y bousculent pour enregistrer leurs rimes sur ses
productions. Depuis, près de 30 albums ont été enregistrés à Abazon. La
compilation « La part des ténèbres », les albums de La Censure, Faso
Kombat,  2Kas, Wed Hyack (le chouchou de ces dames), Yeleen (qui
deviendra le porte-flambeau du rap burkinabé pavant ainsi la voie pour
d'autres), les 2 albums de Smockey lui-même (il prépare actuellement
son troisième opus), Clepto Gang, etc.





«  Mon destin est propre à l'auto-prod » (Booba)





Le meilleur moyen pour les artistes d'exister sur le marché est de
s'auto- produire. Financer l'enregistrement et les supports de
diffusion de ses œuvres, distribuer soi-même ses cassettes (le cd est
largement minoritaire faute de lecteurs) reste la meilleure façon de
s'introduire dans les cours. Bien entendu, la presse écrite, la radio
et la télévision jouent un  rôle non -négligeable dans la
promotion des artistes. Il n'empêche que la débrouille et
l'individualisme règnent en maître. « En dehors du rap, je suis
mécanicien- soudeur, je fais de la plomberie. Tous les jobs qui me
tombent sous la main. J'économise puis on va en studio pour travailler
» dit Bala. Tous travaillent dur, mais chacun dans son coin. Le marché
fait le tri. Le respect de la part public aussi.

Les chiffres de vente, pour un album à succès vont de 10 à 20.000
exemplaires (Smockey ou Kravan par exemple). Les cartons vendent
30-35.000 (Yeleen, Faso Kombat). Mais la musique ne nourrit que
rarement et chichement son homme.



Des structures d'enregistrement et de promotion se sont crée, peu
nombreuses mais très actives à l'image de la scène. Des jeunes se
lancent dans le management, il y a, parmi eux, une réelle envie de
participer à l'éclosion du mouvement malgré des moyens parfois
rudimentaires voire inexistants. Un activiste bénévole , animateur d'un
blog consacré au rap burkinabé (Burkina Rap Connexion), confiait que
certains managers ne possèdent pas de boite mail ou ne sont que
rarement joignables, même par téléphone.









« Au Faso, on rappe dans toutes les langues » (Smockey)





A ses débuts, le rap burkinabé se déclamait principalement en Français
et en Anglais. Il ne serait venu à l'idée de personne, à l'époque, de
rapper dans les langues véhiculaires que sont le More et le Dioulla.
Aujourd'hui, le tabou est tombé. Les rappers souhaitent que leurs
paroles soient  entendues par la majorité de leurs auditeurs
potentiels comme se débarrasser de la tutelle encombrante des grands
frères français ou américains. Tous les artistes insistent sur la
nécessité de maîtriser l'outil que représente la langue, sur la
capacité à faire passer leur message. Le Français étant compris par une
minorité, ils ont compris l'intérêt de s'adresser à eux dans leur
langue propre. Smockey (prononcer : s'moquer) : « Je m'exprime beaucoup
mieux en français qu'en langue Bissa qui n'est pas la langue qui soit
forcément le mieux adaptée à mon expérience personnelle. Néanmoins, le
rap qui marche ici en Afrique, est celui qui puise son inspiration dans
ses racines africaines. ». Le nombre d'albums publiés a fait que chacun
veut affirmer sa différence par rapport aux autres. Imprimer son style.
Les artistes incorporent des éléments de leur culture dans leur
musique. Et le public les suit. Les y encourage même, s'y retrouvant
sans doute mieux. Les groupes burkinabés les plus populaires, y compris
à l'étranger, sont ceux qui combinent rap en français et rap en langues
comme Yeleen ou Faso Kombat.



Ouaga – Bobo : Rap du béton et rap du village





Moins d'argent, pas d'émissions de radio à l'époque et donc moins
d'influences extérieures, pas de studios, très peu de concerts, Bobo-
Dioulasso  la culturelle, seconde ville du Burkina Faso, et siège
de la Semaine Nationale de la Culture, a appris le hip hop par
elle-même. Elle rappe par nécéssité. Par passion. Rap Tshikan (les
messagers du rap) : « Au lieu qu'on nous paie pour monter sur scène,
nous payons pour y aller ».  Les premiers soundsystems de Bobo se
déroulèrent vers 1995/96, organisés par les MC's eux-mêmes.



 Pas un groupe de Bobo, hormis Mic K Panga ( dont l'album est à
venir) qui ait sorti un album pourtant le mouvement est vivace. Bobo
est divisé en 25 secteurs avec en moyenne 4 ou 5 groupes par secteur.
Une compilation de rap bobolais (Bobo Connexion) est en préparation à
l'instigation de King Charlie, amateur de rap et musicien professionnel
: « Il y a de vraies valeurs ici à Bobo, mais elles sont étouffées par
le marketing. Tout se passe à Ouagadougou. Ici, c'est un autre rythme,
un autre style, une autre tradition, une autre langue. ».



Bala (Mic K Panga) : « Il y a plus d'originalité dans le rap bobolais
notamment au niveau des textes. A Ouaga, on imite trop le style
français. Ils ne peuvent pas être meilleurs que là-bas. Donc, c'est une
perte de temps. C'est dommage ». On ne cherche pas de mots compliqués
pour faire du rap à Bobo. « A Bobo, on cherche des mots simples pour
faire des rimes simples. A l'image de Tiken Jah Fakoly, ses textes sont
énormes mais simples et donc compris par tout le monde, tandis qu'Alpha
Blondy  écrit des textes plus philosophiques et donc moins
accessibles ».







Réseau hiphop panafricain.



Le Burkina Faso, pays enclavé, l'est aussi du point de vue de ses
musiques. Sa position centrale dans la sous- région, à l'image du
réseau routier, lui donne accès à tous les pays alentours. Les rappers
burkinabés s'exportent de plus en plus, développant des connections
avec les activistes ouest- africains. Tous insistent sur la nécessité
absolue de sortir du pays pour exercer leur art, progresser et revenir
plus forts dans leur pays. Jérémie Ouatarra, dit DNJ, du label 8eme
Sens : « On veut faire tourner nos artistes dans les pays limitrophes,
exporter notre musique... un réseau dans la sous- région nous permettrait
de nous professionnaliser. On a besoin de connexions extérieures ». Le
pays de référence est le Sénégal, phare historique du hip hop
subrégional. « La manière de faire des Sénégalais nous a donné
énormément de motivation car ils puisaient leur inspiration de leur
propre culture » dit Bala de Mic K Panga. On regarde aussi vers le
Togo, le Gabon, le Mali, le Bénin ; la France et l'Europe étant perçues
comme une hypothèse et non un but en soi. Cette façon de voir donne
raison aux artistes. Faso Kombat fait salle comble au festival de
Cotonou, Smockey collabore avec Awadi, OBC avec des Nigériens et tisse
des liens au Ghana. Pour Ali Diallo, organisateur du festival Ouaga Hip
Hop, la richesse de la culture africaine (langues, ethnies, etc) est le
pilier du développement du rap africain, la plus sûre garantie de son
émancipation et de sa reconnaissance sur les autres continents. Affaire
à suivre donc...





(*) à l'adresse suivante : www.tnb.bf



Merci à Mathurin « Math Cool J » Soubeiga, Sadu S.B, Smockey, Cédric
AVIP, D.Vy, Ali Diallo, Konkret 53, Aïski de Bobo et les artistes pour
leur collaboration à cet article.


Publié par kwak à 16:30:49 dans REPORTAGES | Commentaires (27) |